Mono

Mono.
Texte pour un homme seul et des spectateurs.

 

Mars- juillet 2008.

 

« On peut s’attendre à voir … la foudre parcourir les bras du ciel et tomber de son cœur jusqu’à la terre

Un amant dévasté,

Des fleuves remuant des draps et des vêtements, la multitude roulant depuis le temps des tempêtes,

Quelque chose d’unique…

Une pluie de scintillement,

Un goût d’automne,

Une marche dans la prairie au milieu des fleurs et des insectes, dans le corps d’un chat,

La bouche d’elle,

Le manteau de l’aube… 

Mais il fait nuit et nous sommes seuls…

 

Plus seul encore dans la foule, là,  où nous coulons, invisibles, comme parallèle aux êtres et aux choses.

Nous perdons  ce souffle et  pourtant,  il ne quitte pas nos lèvres…cette ligne carbonique qui fige nos pensées dans un alignement de signes aussi sinistres que des croix noires dans le paysage. Le souffle nous étouffe. »

 

Si quelqu’un dit ces mots ce n’est pas moi. 

 

Il n’y a pas de lois dans l’esprit d’un écrivain.

Il y a des mots…

Des vaches mortes…

Des mots…

 

Je ne sais pas dire…

Le fluide quitte ma pensée et mouille le tapis… l’eau noire noie les arabesques, les traces dans la poussière, le jouets du petit enfant, les cheveux tombés de la brosse… l’eau noire…

Ce qu’elle recouvre est caché à vos yeux mais pas aux miens… je marche sous l’eau, du pas lourd d’un scaphandrier…le casque de cuivre me permet de respirer là où il n’y a plus d’air.

 

Ce qui est certain c’est que nous sommes seuls, ici… simplement torturé par le désir de la convivialité…le besoin d’amour…où êtes vous ?

 

Il n’y a personne, le peuple qui vivait dans nos bras est mort, les barques ont roulé du haut des cascades et sont tombées dans le lac ou les esprits se meuvent et se mêlent. Une eau de brouillard….

 

La vase se soulève et roule des ventres de fées spectrales, dans un paysage d’épaves mystifiées par le jeu des lumières et des ombres…

 

Je disais, seul dans un lieu inconnu.

 

 

Ainsi… nous pourrions poursuivre sans jamais faire taire le rêve ni la poésie… un si doux bavardage… comme celle qui nous tenait compagnie aux portes du sommeil alors que la voile du drap nous portait à peine, alors qu’autour de la barque s’étendait l’eau noire, l’eau noire et infinie

 

Ainsi je pourrais mais je ne le ferais pas, parce que vous êtes las des murmures.

 

Ici, je peux crier parce que personne ne viendra me sauver…

 

 

Je suis la bombe

Le cliquetis des secondes

Tombe dans le silence

Mon cœur bat

Et résonne.

Lorsque tout explosera

Il n’y aura aucun bruit

Ni  victime.

La chute comme fini

Le roman échappe au lecteur et tombe sur l’oreiller.

L’explosion du sens

Quand le dénouement renoue

Curieusement,

La fiction avec la réalité.

 

Nous aimons furieusement la vie.

 

Ici, tout est possible, la robe de la danseuse déploie l’horizon sur un jour nouveau, le soleil est tombé puis a roulé sur son épaule comme un acrobate.

 

Assis sur la chaise puis debout.

 

Alors.

 

Le regard de l’acteur a cela de merveilleux qu’il reflète la lumière. Somme toute un phénomène optique qui lui donne une profondeur qu’il n’a pas dans la réalité.

 

Dans les poches du manteau, il n’a rien à lui… la poussière, les miettes de pain, les bribes de papier, les rognures d’ongle, le brin de paille ne lui appartiennent pas.

Alors, il se débrouille pour tenir debout malgré tout, soutenant de ses épaules, cette masse de ténèbres, ce blockhaus, cet HLM, ce gratte-ciel de ténèbres.

Alors ses yeux sont beaux.

 

Si nous changions les choses, si l’acteur ne jouait plus.

Une parole presque obscène.

Si la nuit autour de lui était en feu. Un vaisseau en flamme qui s’abîme dans l’océan et continue de brûler, parce qu’il crie encore, parce qu’il porte en lui assez d’air pour se consumer jusqu’à ce que l’abîme se soit refermé sur lui.

 

Il n’y aurait personne.

Alors, il parlerait aux cendres, baignant son visage dans les cendres, respirant les cendres.

 

 

Alors, je parlerais aux cendres, baignant mon visage dans les cendres, respirant les cendres.

 

La chaise.

 

Assis puis debout.

 

Ainsi dans le bûcher refroidi cet homme marche, dans la poussière autour naissent les traces du chien qui le traque, invisible encore mais là déjà, invisible et patient.

 

Je ne sais pas.

Je ne sais pas ce que vous êtes.

 

Des aliens, cachant vos antennes dans vos cheveux, camouflant vos pseudopodes dans un pli de vos vêtements.

Des mécaniques animées par une machinerie secrète pour que je croie être au monde.

Des images rémanentes dans mon cerveau, des épaves errant dans le naufrage de mes synapses, dans l’océan où je coule. Titanic semant ses trésors dans l’eau trouble.

Des frères…

 

Qui est seul ici ?

Moi !

Vous !

Nous !

Alors, c’est terrible !

 

Avec la civilisation nous avons inventé la désespérance.

Nous passons la plus grande partie de notre existence à mourir.

Alors qu’à peine grandi, l’hominidé  primitif tombait sous les crocs, nous errons dans la vieillesse jusqu’à ce  que nos cellules s’échouent et deviennent folles parce qu’elles cherchent désespérément leur destination.

 

Dans nos esprits déclinants, des pensées d’affliction, des morosités…alors qu’il faudrait jaillir dans le ciel pur, nous sommes terrassés par le manque, la frustration, le chagrin…

 

Debout !

 

Alors il le fait. Laborieusement souvent…il le fait, il se lève, tend ses membres et son cœur vers la ligne du jour, vers l’horizon flamboyant, vers la promesse.

 

Alors, je le fais…

 

Il construit dans ses membres des monticules de pierre, des murs…ils élèvent des tours et des escaliers, des ponts au dessus de l’abîme…peu à peu, monte la citadelle, le donjon effilé ou il perche sa voix.

Haut dans cette nuit, haut sous les étoiles.

Il cimente à la truelle, son front, sa pensée… grimpe sur l’échelle, un seau sur l’épaule et remplit les coffrages… monte si haut ce qui ne peut tenir… dans les coffres de bois ce qui est lourd devient  léger,  aérien…ce qui devrait tomber, se suspend…

 

Ainsi la poésie…

 

Assis sur la chaise puis debout.

 

Tout, même ce qui est ridicule devient beau.

C’est une question de tonalité.

 

Les lamentations, les cocufiages, les luttes de pouvoirs, les adultères, les fratricides, les guérilla, les guerres de gang, le grand banditisme, la foi, les trahisons…

Dans la vie, les cœurs se rétractent et deviennent des pierres, lourdes et noires… sur la scène, il suffit de concevoir la métaphore, de l’imaginer…cette désespérance est si belle, elle peut faire rire et pleurer, faire battre des mains et émouvoir, faire silence et vacarme…

En réalité, il n’y a pas pire horreur.

 

Nous nous trompons…nous abusons de nos naïvetés respectives…

 

Mais,

 

Nous sommes nombreux à ne pas comprendre le monde, c’est pour quoi nous l’inventons, sans jamais nous arrêter.

Nous n’avons plus confiance, nous ne croyons plus. Nous sommes tristes.

Nous jetons du sable dans nos yeux.

Parce que…

Ce que nous créons n’a aucune importance.

Rien n’émousse le tranchant des jours.

 

Voilà !

 

Je m’assois, me lève. Je suis consciencieusement mes didascalies. Je respecte les règles.

En cela, nous sommes semblables.

A l’instant s’épanche la contradiction, comme est renversé le flacon d’encre sur la carte, la tache s’agrandit et recouvre les signes… on les voit par transparence mais tout est gâché.

 

On ne rigole pas !

 

Je vous vois…assis dans vos coquilles cosmiques… voyageurs temporels qui traversent mes tempes… vous êtes vêtus de combinaisons colorées en plastique brillant et casque rond qui vous font ressembler à des friandises… à votre hanche, oscille la cross ornementé d’un pistolet lazer, ou d’un paralysant, ou d’un sonique, d’un pistolet maula, d’une arme à aiguilles, bref… sur votre poignet le très gros cadran du communicateur qui vous relie à votre machine… montre, radio, assistant, bouclier, GMS, traducteur…bref…tout…

Si vous êtes une femme, la combinaison libère subtilement la naissance de vos seins et vos cheveux n’ont pas une couleur connue…si vous êtes un homme, vous ressemblez à Charlton Eston… Quelque chose d’approchant.

 

Je vous fais signe de vous en retourner…

 

Ici, on ne rigole pas.

 

Il me vient à l’idée que l’univers se réduit à ce que nous imaginons…rien ne sert de le comprendre…il est trop vaste…

Alors, autant inventer les paysages,

Physique, astrophysique, mathématiques…balancer ces trucs inutiles…et laisser les 6 pattes métalliques de l’astronef se poser dans le désert bleu de Beltégeuse 3, dans l’orage sidérant d’une tempête de méthane.

L’océan- être de Solaris,

Les cités inachevées de mars,

Le grand empire de la civilisation saurienne,

Ming,

Les cargos franchissant la porte de Thanaauser,

Le dieu douleur endormi dans le lac du temps,

Les voiliers des sables,

Le navire éperonné tombant dans l’abîme d’un trou noir,

Les guerriers fremen chevauchant les vers géants,

L’Epice,

La fascination d’un visage inhumain…

La morsure d’un serpent épine,

Les règles de la robotique,

La jungle poussant sur les os d’un mastodonte.

 

Ailleurs,

Dans ce lieu où nous pouvons sombrer et éteindre les larmes.

 

Voici ce que nous pourrions répondre à tout ce qui nous afflige.

 

Nous laisser guider par la narration. Un récit d’aventure. Un roman feuilleton dans lequel s’amoncellent les histoires d’amour.

Pamela, Sylvia, Hélène, Marie Lise, Aube, Martine, Sidonie, Wanda, Camomille, Edmée, Clara, Saule…

Et puis de l’action…

Après avoir sauté du gratte ciel, il ouvrit son parapluie et il se suspendit au dessus de la ville, pieds croisés mais chutant lentement, les revers de sa veste légèrement retroussés, le chapeau à peine trop enfoncé pour ne pas qu’il s’envole…il se posa sur le trottoir brillant de pluie, réajusta sa mise et dégaina son Beretta…il fit feu à trois reprises, comme on écrit, oh, oh, oh ! dans un roman policier et puis s’échappa une nouvelle fois par la bouche à air qui soulevait les jupes de Marilyne.

 

Ou autre chose…

Fou

Comique

Cosmique

Kitch

Esthétique

Dramatique

Féerique

Fantastique…

 

De quoi flatter tous nos tiques et nos toc…de quoi flatter les entreprises de spectacle dans le sens du poil…qu’elles ont drus mais brillants…

 

Plus un peu de technologie…

 

Ensuite, la misère d’un corps humain luttant contre l’entropie ou ne luttant plus. La mascarade, le mascara…

 

Parce que,  ce lieu que traverse le texte, c’est  la chair.

La douleur, le plaisir, le soulagement et l’attente. La tentation, la soumission, la trahison, le désespoir. Le bonheur.

 

Nous n’avons pas trouvé d’autres manières, d’autres matières…alors nous brinqueballons, nous hoquetons, nous soliloquons…le dos chargé comme des ânes, de la montagne de nos désillusions, la montagne hétéroclite… 

Nous sommes comme ça, magnifiques et ployés sous la charge trop lourde, magnifiques et soumis à ce qui nous fit échouer.

 

Nous offrons malgré tout, nos pathétiques carcasses au regard de nos contemporains…

 

J’ai traversé le désert de l’écriture sur ma mule, sur le dos de ma main…il n’y a personne. Même si nous avons dans nos sacs les cartes des royaumes perdues, les talismans, les glyphes secrètes, nous n’y croiserons personne de vivant.

 

Alors, il faut lutter,

Mais nous ne trouvons qu’à opposer le rêve à l’entropie :

L’homme de Mars dans le mirage, les dromadaires aux yeux de marbre, l’aventure, l’enfance de l’art.

Ceux qui se perchent sur nos bras,

Si légers aussi

Et comme ivres d’azur,

Si légers

Et de si peu d’importance,

Comme nous,

Comme nous.

 

Je ne comprends plus ce que vous devez voir.

Je ne comprends plus.

 

La bombe explose, magnifique et irradiant l’azur d’une couleur jamais vu, puis le bruit, le souffle et l’incandescence renverse la ville et tout est fini, ne reste que la douleur.

C’est avant qu’il fallait venir, juste pour voir l’étincelle puis le ciel roulait sur lui-même, montrant son ventre d’outre terre, cette douceur de flamme et de fusion …maintenant il est trop tard… les cendres retombent et dérobent à la vue les spectres du spectacle.

Puis le vacarme,

Puis le silence qu’aucun ne perçoit

Nous voulions vous amuser puis nous en avons trop dit.

Nous  vous avions confié les raisons de l’arrogance.
C’était une erreur.

 

Ce que nous portons dans notre cœur n’a pas de raison d’être, alors il faudrait mieux nous taire puis, parcourir le paysage en marchant sur les mains.

Visage dans les fleurs et regardant sous les jupes des promeneuses.

Nous irions ainsi,

Gardant pour nous

La fin du monde,

L’écroulement des astres,

Le déchirement des cœurs…

 

Qui êtes vous ?

 

Vous avez franchi l’espace sans étoile pour venir jusqu’ici, écoutant la naissance de la civilisation humaine, vous avez vu les frémissements des premières ondes hertzienne, Hitler inaugurant les Jeux Olympiques de 1936, en tenue d’apparat, en noir et blanc… vous avez caché votre vaisseau au creux de l’océan et vous êtes venu jusqu’ici.

Venir jusqu’ici.

Venir jusqu’ici.

 

Il y aurait mieux à faire.

 

Nous n’imaginons pas…

Ce qui de nous errent dans les étoiles

Des bribes, des étoffes, des cris, des déchets, des chansons, les corps gelés des astronautes, le visage de Charlie Chaplin, la robe blanche de Maryline…

Un jour, il faudra faire le ménage et tout entasser dans les calles d’un cargo gros comme la lune, puis compacter tout ce bric à braque, ce spectacle surnaturel et le laisser tomber dans le soleil et repartir à vide.

 

C’est cela,

Repartir à vide.

 

Elles dansent.

 

 

 

App 03 copie

 

 

 

 

Photo : M. Gerardin

Décomposition.

Juste dire que "la lunette et le sabre" offre à la lecture :
- des bribes, des extraits qui seraient plutôt lisibles (le sont ils ?) dans ce qu'il est commun d'appeler, des articles.
- des écrits entiers, ou des travaux en cours, dans ce que l'on dénomme, des pages.

Bien sûr, tous ces textes ont été écrits par quelqu'un, et toutes les photos ont un auteur.
Je salue d'ailleurs au passage, mon camarade d'aventure, celui qui marcha avec Basic Nepoti, sur les sables de Mars.

Basic.

Oiseaux

 

 

 

 

 

App 16

 

 

 

Photo M Gerardin

 
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