Dimanche 18 mai 2008
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Dans mon dos brillent la lunette et le sabre,
dans mon dos brille la traversée.
Je t'écris d'un monde qui n'est pas.
Je t'écris du voyage.
C'est ainsi que se passent les choses, peu à peu, on quitte le quai, peu à peu on s'égare.
Il y a l'eau sous la coque,
il y a la mémoire,
il y a le regret.
Et puis, on aborde l'"il". On s'y plait. L'"il" nous libère de la honte.
Désert et multiple.
Sauvage et civilisé.
"On" devient "il".
Il endosse un manteau, puis un autre; il devient l'homme aux manteaux. Personnages et écrivain, narrateur et
héros.
" Je connais...
Je connais la rive lointaine où vint s'échouer la barque...la plage où l'aube allongée
attendait le chant d'oiseau, le pied sur le sable, l'empreinte...le léger tournis, le bruissement infime de la forêt en attente...
Je connais. L'odeur des palmes, la pluie matinale sur les feuilles, comme un léger
tambour. La tête lentement qui penche et les yeux qui se ferment un instant, comme ravis. Puis de nouveau la vie, le jour qui jaillit de l'eau, le miracle du jour...encore !
Je connais.
Crois-tu alors que tu puisses m'impressionner ? Je suis mort cent mille fois.
Je ne crains qu'une chose, c'est de ne plus aimer."
Par Basic Nepoti
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Lundi 19 mai 2008
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17:47
Basic Nepoti est un narrateur de fiction, un conteur contrebandier… Il a marché sur le sable de Mars, il s’est perdu dans la pensée du
lichen. Il est descendu dans les profondeurs du monde, il a contemplé les vestiges de la barque de Dante. Il a erré ici et là-bas, jamais et hier, demain et nulle part.
Il a ramené peu de choses de ses voyages, des poèmes, des offrandes d’os et de bois, des plumes, des poussières. Il a pris sur les visages,
la caresse et la brise, le baiser, la ride et le lever du jour.
« Nous avons marché sur le monde et au dessus. Nous avons marché sur le monde et au dessous. Nous n’avons pas trouvé ce que nous
cherchions. Nous ne savions pas ce que nous cherchions. »
Dit-il.
« Buisson,
ramure,
ainsi va mon souffle dans mes poumons,
d'arbre en arbre,
à chaque minute une forêt inconnue. » Dit le poème.
Nous écrirons ici ce que nous pourrons.
Parfois, il y aura des lieux et des gens, la terre promise des rencontres…Parfois il y aura le voyage, l’infinité du voyage, le silence entre les mondes, le noir entre les mondes.
Ce qui est, ce qui n'est pas. Peu importe !
La vérité, l'imposture de l'écriture...
"Rien n'est vrai, mais tout est juste!" Dit-il
Par Basic Nepoti
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Lundi 19 mai 2008
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21:41
Ce qu’il faut dire du monde.
L’océan est visible,
Gagne les falaises son murmure,
Ses paroles de marbre liquide.
Nous écrivons dans le désert.
Terrien
Le vide habite ton corps
L’eau, l’air, la nourriture
Y entrent en étrangers.
Nous sommes autres
Nous habitons mars et mars nous habite
Ainsi nous sommes.
Le corps placé sur le sol devient sol à son tour. Puis l’écriture fait son oeuvre.
Nous sommes corail.
extrait du "journal de Basic Nepoti", éditions La traverse. Texte T.Marc, photos Michel Gerardin. Epuisé
Par Basic Nepoti
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Lundi 19 mai 2008
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22:02
« Nous n’avons rien à dire. Pourtant, nous tournons le dos au monde et avec peine nous essayons d’écrire
ce qui nous tourmente.
Il y aurait mieux à faire. »
Ainsi commença t-il son livre.
Une sorte de suicide.
Une sorte d’aveu ridiculement névrotique.
Une sorte de lucidité innocente.
Puis il poursuivit et le livre alors s’élança, comme un lourd cheval qui mange de
l’herbe, puis se met à courir, soulevant de ses sabots énormes des mottes de terre, allongeant sa course jusqu’à ne plus toucher terre, allongeant sa course jusqu’à développer deux ailes immenses
qui l’arrachent au sol.
Un fil d’écume
Pour coudre bord à bord
Les pièces du manteau.
Pièces d’eau et de ciel,
Pièces de feuilles et d’écorce.
Je parle doucement aux oreilles de celle qui dort.- Suspendre les mots comme des bijoux ciselés, des minuscules clous d’or.-
Voici que s’offre à nous la joue de la colline. Sur sa pente, nous marchons, ravaudant le paysage de nos gestes
anciens, un pas devant l’autre avec obstination. Il y a mille ans déjà, nous marchions ainsi, glanant les noix tombées. Nous renouvelons le baiser.
Ou bien ne plus rien raconter, ne plus rien dire.
Se taire.
Par Basic Nepoti
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Lundi 19 mai 2008
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22:25
J’aime l’idée que l’architecte bâtisse dans l'oeuvre un escalier secret, un escalier en spirale.
Il y ouvrirait des paliers selon son désir.
Une porte sur les regrets,
Un autre sur les adieux,
Des chambres poussiéreuses,
Des salons interdits,
Des caves sinistres et sombres,
Des greniers embarrassés d’armoires et de coffres, de navires et de nefs démembrées,
Des chapelles,
Des boudoirs encombrés de sofas et de soieries,
Des salles de jeux,
Des cimetières…
L’escalier traverserait l’œuvre comme une aiguille creuse, passant de l’endroit à l’envers, et traversant le texte et l’aventure, la
mémoire et la poésie.
Par Basic Nepoti
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Mardi 20 mai 2008
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20:20
Nous avons dit des mots.
Ils sont tombés comme une chevelure
De nos fronts.
Se pourrait - il que nous marchions
ainsi ?
Au milieu des hommes.
Vêtus de nos cheveux.
Cet automne viendra
Où les feuilles de nos cris
Tomberont sur le sol.
Nos carquois sont remplis de cendres.
Si nous parlons c’est pour nous plaire
encore,
De nos bouches à nos cœurs
Des boucles d’air humide.
Le paysage s’est agrandi,
Envahi de villes et de forêts de pierre,
Pourtant nous marchons toujours,
Avec dans le regard
L’idée d’un autre lieu.
Où irons-nous mon frère,
Quand le chant aura déserté,
Quand nous ne
reconnaîtrons rien du monde
Et quand nos peaux seront lourdes ?
Je garde au fond de ma gorge
La piste secrète du dernier poème
Sur laquelle tu danseras.
Par Basic Nepoti
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Mardi 20 mai 2008
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22:51
Les livres sont comme les villes. Ils se construisent sur des ruines, vestiges sur vestiges, on recouvre ce que l’on ne veut plus, où on prend ce qui peut encore
servir avant de l’oublier.
Les pages s’entassent les unes sur les autres….des couches de débris, des alluvions… ce qui fut la pensée, ce qui fut la vie même…
Chaque siècle consomme ses villes, qu’il bouscule et bascule dans les ténèbres. Les pioches, les pelles abattent et enfouissent et puis on reconstruit, on appuie les
fondations sur les vestiges.
Mettre des pierres sur des poitrines.
Parfois, un coup de pioche dégage une ouverture, un tunnel qui sent la poussière et l’eau endormie…les torches éclairent ce qui n’était plus visible et l’effroi ou
la stupeur pénètre les regards. Des voûtes anciennes, des fenêtres comblées, des escaliers perdus dans l’eau, des rues entières, des chapelles au chœur gonflé de pierres et d’ordures.
Ce qu’on avait enfoui nous revient, et ce corps momifié par l’oubli nous répugne.
On entasse la poésie dans nos cœurs vivants pour qu’ils se taisent.
On entend seulement ce qui est visible, ce fauve sur une montagne d’os… un livre, comme une ville, comme une femme couchée sur un ossuaire.
Par Basic Nepoti
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Mercredi 21 mai 2008
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08:10
Il suffit de toucher les lettres sur le clavier et la chose s’affaire à dire ce que nous enfermons dans nos esprits. N’est ce pas merveilleux ?
Bien que l’acte lui même nous terrifie.
Nous gardons pour nous la pure merveille du sens, nous le tenons caché, comme un objet
dont l’utilité n’est pas visible. Ainsi, si nous disons « sous le bois », ce que nous disons véritablement n’est pas dans les mots mais outre les mots, outre sens.
Le poème ne parle qu’à nous même…
Si un jour le secret est trouvé alors nous mourons… nous mourrons de honte.
Par Basic Nepoti
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Mercredi 21 mai 2008
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21:46
Je me trompe,
ou bien je me trahis.
J'erre dans ce lieu et je poursuis une ombre.
Je rencontre des fauves au pelage moiré, allongés dans les ténèbres ou debout comme des
hommes.
Est-ce cela le rêve ? Un aveu !
Il faudrait que je tienne toujours prête mon arme, que je porte sans cesse entre mes
dents, la lame du couteau.
Il faudrait que je sois ainsi , marchant dans les ténèbres en lisière des
lueurs.
Il faudrait que je sois dangereux pour être.
J'hésite, vacillant dans la lumière de la torche , je porte le tumulte, la voix de ceux
qui parlent par mes sens.
C'est moi, celui qui marche et oscille.
C'est moi, celui qui tombe.
C'est moi, celui qui danse, les paumes chargées du sable des
rencontres.
Par Basic Nepoti
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Mercredi 21 mai 2008
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22:20
Il y avait le sable lisse…
Comme une joue d'enfant.
Il y avait l'eau, un vêtement de nuit tombant d'une épaule, la fragilité d'une
première étreinte.
Il y avait ma paume chargée de mémoire, dans le creux de ma main pris dans les
lignes comme le sable humide, ces moments, ces grains...
Peut être y avait- il l'ébauche d'une cité? Un fragile écheveau de pensées projetées
dans l'air, des constructions de cheveux, des maisons de souffles et d'images, des rues d'algues desséchées par le soleil... des rêves.
Debout dans la lumière un peuple de fées, menant lentement des conversations et des
amours, jouant avec la pointe rouge du soir, riant puis pleurant d'un rien, comme seuls savent le faire ceux qui n'ont pas d'existence.
C'était cela.
Quelque chose de fragile qui se dressait là, sous mon front…une construction de
sable dans une sphère d’os.
Et puis ils sont passés.
Aussi beau qu’un orage d’été…
Course, pieds nus dans l’eau, jambes déployées dans le paysage…
Et puis ils sont passés…
Où s'en vont ceux qui courent ?
Dessin : Michel Gerardin
Par Basic Nepoti
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Publié dans : texte de scène
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